Des femmes à Trafalgar !

Un marin anglais, William Robinson, raconte dans ses mémoires publiés en 1836 que durant la bataille de Trafalgar, une jeune Française embarquée sur le 74 canons l’Achille fut sauvée de la noyade par une embarcation anglaise. Prénommée Jeannette, la rescapée raconta que peu avant la bataille, les femmes présentes sur les vaisseaux français furent envoyées à terre pour leur sécurité. Ne voulant pas quitter son mari, marin sur l’Achille, elle se déguisa en homme et resta sur le navire. Pendant le combat, l’Achille prit feu et explosa. Son mari fut tué. Quant à Jeannette, repêchée entièrement nue, elle fut vêtue et réconfortée à bord du HMS Revenge. Elle fut débarquée peu de temps après à Gibraltar.

 

Fait relativement méconnu, de nombreuses femmes étaient présentes sur les navires de l’escadre de l’amiral Villeneuve en 1805. Un certain nombre reçurent en effet une autorisation officielle pour suivre leurs maris. Dans son remarquable ouvrage Trafalgar, Rémi Monaque nous donne plusieurs exemples de cas de présence féminine à bord des vaisseaux français. A bord du Bucentaure, le lieutenant Mallet, commandant de la 3e compagnie d’ouvriers du corps impérial d’artillerie, est admis avec son épouse à la table de l’état-major. Le couple débarque d’ailleurs à Fort de France. Sur le Duguay-Trouin, c’est toute la famille du fusilier Pascal Donnet qui est admise à bord : sa femme et sa fille, toutes deux prénommées Antoinette, et son fils Antoine. A bord du Neptune, Thomas Benoit, sergent de grenadiers au 16e régiment de ligne, est accompagné de son épouse Françoise et de leur fille Julie. Sur le même navire est également accepté l’épouse – Catherine – du grenadier Nicolas Gauchenot. Sur l’Indomptable également, se trouve l’épouse et les deux enfants de l’aide-canonnier d’Arbes, originaire de Martigues.

Si plusieurs de ces femmes furent débarquées aux Antilles ou à Cadix avant la bataille, un certain nombre de passagères clandestines participèrent à la bataille, à l’image de Jeannette. Sur le Bucentaure par exemple, Babet Pellen et Catherine Jouve, respectivement originaires de Marseille et de Bormes, ont fait semble t’il toute la campagne à bord du 80 canons, et ont survécu à la bataille.

deux femmes dans le VictoryLa présence de femmes à bord des navires anglais est également attestée. Comme dans la marine française, certaines d’entre elles – épouses de marins ou de soldats – étaient en situation parfaitement régulière et figuraient sur les rôles d’équipage. D’autres, certainement plus nombreuses, étaient en revanche des passagères clandestines. Il s’agissait, pour la plupart, de filles restées à bord suite aux escales du bâtiment. L’amirauté s’inquiéta de cette situation, non pas pour des motifs de moralité mais pour la consommation excessive d’eau douce que leur présence entrainait. En 1796, il fut ainsi demandé aux officiers de surveiller strictement le comportement des femmes présentes à bord des navires et d’interdire le gaspillage d’eau ou son utilisation impropre.

A Trafalgar, il semble que le nombre de femmes présentes à bord des bâtiments anglais aient été relativement important. Pendant la bataille, leur rôle était de soigner les blessés et d’assister le chirurgien du navire. Dans le célèbre et grand tableau de Daniel Maclise The Death of Nelson, on peut ainsi distinguer deux femmes venant en aide à un blessé (à droite). Selon certains témoignages, certaines participaient également au combat.

Anecdote intéressante : dans son ouvrage Nelson’s Navy, l’historien britannique Brian Lavery écrit qu’à la fin des années 1840, deux femmes affirmant avoir participé aux batailles d’Aboukir et de Trafalgar postulèrent pour la Naval General Service Medal. Celles-ci furent déboutées de leur demande par le Conseil de l’Amirauté, qui craignait de créer un précédent, compte tenu “des cas innombrables” que la marine risquait d’avoir à examiner si jamais la médaille leur était décernée.

Source : – Monaque, Rémi. Trafalgar.